L’ORIENTATION, UNE SOLUTION POUR LE SYSTEME EDUCATIF EN AFRIQUE

« Quel chemin pour quel avenir? Savoir s’orienter! »

Un milliard d’habitants sur terre en 1800 ; 7 milliards aujourd’hui et 9 milliards en 2050… Le Figaro affirme : « Un Terrien sur trois sera africain en 2100 ». La population de l’Afrique passera en effet d’un à deux milliards d’individus en 2050 et connaîtra l’arrivée sur le marché du travail de 160 millions de jeunes entre 2010 et 2030.

Cette tendance peut être un atout formidable d’accélération de la croissance économique ou au contraire peut s’avérer désastreuse si la croissance et les emplois ne sont pas au rendez-vous. En effet, c’est entre 10 et 15 millions de jeunes arrivent sur le marché de l’emploi africain chaque année.

L’EXEMPLE DU BENIN

46,8% des béninois ont moins de 15 ans, tandis que les personnes potentiellement actives (15-59 ans) représentent 47,7% de la population. Sans aucun doute et selon « l’African Economic Outlook 2012 », les jeunes sont les plus touchés par le chômage.

Selon une recherche menée en 2011 par le « Réseau Ouest et Centre Africain de Recherche en Education » (ROCARE), la question de l’orientation pose le problème crucial de débouchés professionnelles à l’issue de la formation sachant que plus de deux millions sept cent cinquante (2 750 000) jeunes seraient potentiellement sans emploi.

L’orientation est l’un des points essentiels du système éducatif, professionnel et social dans d’un pays. Il devient alors urgent d’entreprendre des réformes pour espérer un meilleur avenir  pour les jeunes en Afrique.

Selon l’UNESCO, « L’orientation consiste (…) à mettre l’individu en mesure de prendre conscience de ses caractéristiques personnelles et de les développer en vue du choix de ses études et de ses activités professionnelles dans toutes les conjonctures de son existence avec le souci conjoint de servir le développement de la société et l’épanouissement de sa personnalité » (Unesco, 1970).

  • Le cadre normatif 

Au Bénin, outre la loi 2003-17 du 11 novembre 2003 portant sur l’Orientation de l’Education Nationale (faisant état d’un mimétisme flagrant dans ses dispositions et de sa formulation avec celles de l’article 8 de la loi française posant ainsi la question de son adéquation avec le marché socioprofessionnel du Bénin), les écrits qui existent en termes d’orientation sont de l’ordre des guides d’orientation, des plaquettes d’orientation et des conseils pratiques pour réussir un parcours scolaire, universitaire ou une carrière professionnelle.   

Dans la politique éducative, la question de l’orientation n’est que très peu abordée. Cette situation a un effet sur les structures d’orientation qui ne disposent pas de cadre réglementaire et normatif pour canaliser leurs interventions ni d’acteurs bénéficiant d’une formation initiale ou continue liée spécifiquement à l’orientation.

  • Pratiques de l’orientation

Après le brevet, l’orientation ne répond pas à une réglementation établie et se fait de façon hasardeuse, soit à partir de quelques résultats scolaires, soit pour satisfaire la demande d’un parent ou même pour donner acte aux rêves d’un élève.

Dans la même lignée, à la suite du baccalauréat, le processus d’accès aux études dans les universités publiques associe les notes individuelles dans les disciplines du Baccalauréat pour orienter les bacheliers dans les filières de formation sans forcément tenir compte du parcours scolaire des candidats ni des aspirations personnelles des étudiants.

Les étudiants ne sont souvent pas informés des filières qui existent ni des matières qu’on y enseigne. Ils choisissent leur filière sur la base de l’intuition, par élimination ou en recourant aux conseils d’un membre de la famille. D’ailleurs, très peu d’étudiants ont recours à une structure établie pour leur orientation, ce qui s’explique par la faible culture en matière d’orientation au Bénin et par le manque de visibilité du peu des structures d’orientation existantes.

L’élimination est un processus beaucoup plus mental et intellectuel qui suppose que l’individu connaisse (ce qui n’est généralement pas le cas) et examine les différentes possibilités qui lui sont offertes en termes de filière de formation tandis que l’intuition est un processus plus émotionnel et affectif.

Source : www.africatopsuccess.com
Source : http://www.africatopsuccess.com

Les inscriptions sont donc plutôt hasardeuses et les étudiants sont classés in fine dans les filières de formation sur la base de quelques notes qui ne reflètent pas toujours leurs aptitudes réelles et encore moins leurs aspirations. Ainsi, un bachelier excellent en mathématiques sera orienté vers des études en mathématiques, en science de gestion ou en ingénierie dans l’optique d’y exceller. S’il arrive au bout de son cursus, il ignorera en quoi il sera utile à la société.

En l’état actuel des choses, les pratiques en orientation consistent donc à faire correspondre les résultats scolaires des nouveaux bacheliers aux formations offertes par les universités publiques sans tenir compte des exigences ou des besoins du marché de l’emploi, qui sont d’ailleurs peu connus. Les étudiants ne sont souvent pas informés des filières qui existent ni des matières qu’on y enseigne. Ils choisissent leur  filière sur la base de l’intuition, par élimination ou en recourant aux conseils d’un membre de la famille.

  • Causes et conséquences

Le marché de l’emploi reste méconnu ou ignoré car il y a une cloison nette entre les universitaires et l’environnement socio-économique. Des cadres gestionnaires sont massivement formés essentiellement pour les services et le secteur formel[1], alors que l’économie africaine moderne, incapable à l’heure actuelle d’absorber ses ressources humaines, est essentiellement agricole et majoritairement informelle[2]. Ce comportement s’explique par l’histoire des pays africains qui ont hérité d’un système éducatif colonial formant l’élite pour les besoins de son administration. Suite à la décolonisation et avec l’avènement de la démocratisation, le rôle de l’université n’a pas été suffisamment redéfini.

L’université apparaît pour les nouveaux bacheliers et leurs familles comme un moyen de promotion sociale. La perception collective voudrait qu’un diplômé du supérieur ait plus de chance d’emploi comme dans plusieurs pays d’Afrique ce qui n’est pas toujours le cas.

Pour la diplomate Doris HOUEDOKOHO, intervenante sur la question, « l’université fabrique des candidats pour le chômage ». Pour elle, aujourd’hui, « aucune formation supérieure ne débouche directement sur un emploi dans notre pays ». Qu’ils aient fait de courtes ou de longues études dans les universités publiques ou privées, les jeunes diplômés ne peuvent prétendre à aucun emploi à la fin de leur formation. D’ailleurs, Selon une étude réalisée par l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (INSAE), le secteur informel béninois procure à peu près 67,3% du Produit intérieur brut (PIB) contre 32,7% pour le secteur formel et fait vivre la majorité de la population, surtout les diplômés sans emploi.

D’ailleurs, une étude réalisée sur Cotonou par l’UEMOA en 2005 révèle que les chances des béninois les plus diplômés à trouver un emploi sont plus faibles que les non diplômés.

L’une des principales critiques faites au système éducatif est l’inadéquation formation-emploi pas tant au regard de la qualité des formations disponibles mais plutôt au regard d’une mauvaise évaluation des besoins de l’économie ; même si cette qualité sera prochainement remise en question du fait de la capacité des universités existantes et du nombre d’étudiants aspirant à une formation universitaire.

Les parents investissent dans l’éducation de leurs enfants tout comme l’Etat à travers les infrastructures, les fonctionnaires enseignants etc. Lorsque les écoles et universités forment des chômeurs, nous investissons tous à perte.

Ces constats sont malheureusement vrais pour de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne.

A défaut de créer des emplois, l’enjeu sera de réussir à faire correspondre l’offre à la demande et ainsi de pourvoir aux besoins des populations actives qui arriveront massivement sur le marché de l’emploi.

Et pour faire tout cela, il est impérieux d’inscrire l’orientation comme un axe majeur de la politique éducative au Bénin et en Afrique subsaharienne en général. Ces constats sont malheureusement vrais pour de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne.

[1] C’est un secteur légal, déclaré et comptabilisé dans les statistiques qui sont soumises à des obligations fiscales et sociales.

[2] Le secteur informel est l’ensemble des activités économiques qui se réalisent en marge de législation pénale, sociale et fiscale ou qui échappent à la Comptabilité Nationale.


Source : tinaassos.com/ Par Le groupe Education de T.I.N.A. / 24/06/2015


Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s