LA DEPIGMENTATION ARTIFICIELLE OU LE SACRIFICE DE SOI

Photo de la star de baseball Sammy SOSA
Photo de la star de baseball Sammy SOSA

« Certes, il n’existe pas de standard universel du beau. […] Néanmoins, en dépit des différences nationales, des variations dans le temps et des explications qu’on en donne, tout le monde s’accorde au moins sur un point: certains standards de beauté transcendent désormais les frontières géographiques, les cultures, les milieux sociaux et les sexes. Le modèle occidental s’est en effet imposé jusqu’en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. S’imposent ses normes esthétiques, via la publicité, la télévision, le cinéma ou la presse » (p. 20)

Le Poids des apparences : Beauté, amour et gloire (2005) – Jean-François AMADIEU

A l’heure où certaines personnes souhaitent avoir une peau plus bronzée, d’autres personnes ne jurent que par une peau moins foncée… Depuis plusieurs années la dépigmentation artificielle (DA) (ou dépigmentation volontaire) est devenue une pratique largement répandue en Afrique noire, chez les populations noires immigrées en Europe mais également en Asie et en Inde. La DA consiste à appliquer sur la peau, régulièrement et à plus ou moins long terme, des produits dépigmentants dans le but d’éclaircir la teinte naturelle de la peau. D’autres pratiques consistent à prendre des comprimés ou encore à se faire des injections de produits qui entrainent un éclaircissement de la peau. Au Bénin, on parle de «bojou», au Togo de «akonti», au Congo de «tchoko» ou encore de «xeesal» au Sénégal.

Les études évaluant la prévalence de la dépigmentation dans la population en Afrique subsaharienne indiquent un pourcentage variant entre 25% et 77,3%. Cette prévalence varie en fonction de plusieurs critères: l’âge, le sexe, le statut matrimonial, le niveau socioprofessionnel, le niveau d’étude, les zones géographiques.

Les produits dépigmentants : produits cosmétiques ou médicaments ?

Les produits utilisés contiennent des molécules dépigmentantes qui bloquent la synthèse de mélanine, pigment responsable de la couleur de la peau, ou tuent les cellules responsables de cette synthèse. En Europe, ces molécules ne sont pas autorisées dans les produits cosmétiques légaux ; elles sont donc détournées de leurs utilisations principales ! Il s’agit de molécules délivrées sur ordonnance comme les dermocorticoïdes, l’hydroquinone et depuis quelques années le glutathion. Les dérivés du mercure sont également utilisés. Ces produits existent sous différentes formes galéniques : crèmes, laits, lotions, gels, huiles, pommades, sérums et savons. Dans le domaine médical, les dermocorticoïdes sont principalement indiqués pour traiter des problèmes de peaux comme l’eczéma de contact ou la dermatite atopique (maladies inflammatoires de la peau). L’hydroquinone est une molécule controversée et très peu utilisée de nos jours dans le domaine médical du fait des effets indésirables graves que son utilisation engendre. Quant au glutathion, antioxydant produit naturellement par le corps à faible dose, il est normalement autorisé dans la prévention ou le traitement de certains cancers car il permettrait d’obtenir une meilleure tolérance à la chimiothérapie et à la radiothérapie. Concernant le mercure, depuis de nombreuses années son utilisation dans les médicaments et dans les produits cosmétiques est formellement interdite en raison de sa toxicité sur le système nerveux et sur les reins.

Les produits dépigmentants sont donc de « faux produits cosmétiques » qui entrainent de graves conséquences sur la santé.

Changer la couleur de sa peau… à quel prix ? 

Des raisons d’ordre esthétiques, historiques, psychologiques ou encore sociologiques sont évoquées. Certaines des pratiquantes commencent à utiliser des produits dépigmentants dans le but d’uniformiser et d’harmoniser leur teint suite à l’apparition d’une ou plusieurs tache(s) disgracieuse(s) dues à une inflammation, particulièrement au niveau du visage (séquelles de l’acné par exemple). Selon d’autres sources, « Cette attitude des noires par rapport à la couleur de leur peau, procède d’un profond traumatisme post-colonial. Le blanc, symbolisé par sa carnation, reste inconsciemment un modèle supérieur ». Aussi, beaucoup d’africains vouent un culte à la beauté occidentale. Le « beau » est associé au blanc, par conséquent avoir la peau claire est une sorte de norme, de beauté idéale et confèrerait une certaine supériorité. Il s’agit là d’une vraie crise identitaire, d’un complexe d’infériorité développé inconsciemment par beaucoup d’Africains. Pour certaines femmes, la pratique de la dépigmentation permettrait d’accéder à un certain statut social et à une forme de succès économique. Le teint clair étant assimilé à la richesse, la réussite et l’aisance sociale. Ces femmes considèrent donc que la couleur de peau détermine en quelque sorte le statut social. Aussi, beaucoup de femmes sont persuadées qu’avoir la peau claire est un critère de charme pour les hommes. L’influence de l’entourage proche, de la publicité, de la mode et des modèles n’est également plus à démontrer. Enfin, les célébrités, les icônes des magazines féminins et les égéries de parfums et de cosmétiques sont des références de beauté et de mode pour beaucoup de femmes. Les célébrités afro-américaines ont souvent une peau naturellement « claire » principalement en raison de leur métissage même si certaines d’entre elles pratiquent la DA.

Les conséquences sur la santé de ces « faux produits cosmétiques »

La DA est responsable de nombreuses complications à la fois dermatologiques et systémiques (générales). Parmi les complications dermatologiques, il est fréquent de retrouver des cas de dyschromie, de dermatites de contact irritatives ou allergiques, d’éruption cutanée, de démangeaisons importantes, de sécheresse, de vésicules, de complications infectieuses etc. Beaucoup ne réalisent pas que ces produits appliqués sur la peau pénètrent dans le sang et interfèrent directement avec de nombreux organes. Parmi les complications systémiques, ont été recensés des complications rénales, complications obstétricales (décès suite à une césarienne, faible poids du nouveau-né), de l’hypertension artérielle ou encore du diabète. Les hôpitaux et notamment les dermatologues sont de plus en plus confrontés à des patients qui consultent à cause de problèmes, souvent graves, liés à la pratique de la dépigmentation.

Education et sensibilisation : des armes efficaces contre ce fléau ?

En Afrique, la plupart des pays n’ont pas encore mesuré l’ampleur du problème de la DA. Il y a néanmoins dans certains pays des actions d’information et de sensibilisation qui ont déjà été mises en place. Citons par exemple le Sénégal et son Association Internationale d’Information sur la Dépigmentation Artificielle (AIIDA), le Bénin et son association Ewa Ethnik (www.ewaethnik.org) et le Ghana avec la campagne I Love my Natural Skintone (https://www.facebook.com/ilovemynaturalskintone).

La dépigmentation est un réel problème de santé publique. Eradiquer cette pratique n’est pas une mince affaire car cela implique une réelle prise de conscience des pratiquants qui nécessite l’acceptation de soi. Néanmoins, les actions d’information et de sensibilisation sur ce phénomène et notamment sur les nombreuses conséquences sur la santé sont indispensables et nécessaires à cette prise de conscience. Il s’agit d’un véritable combat qui nécessite l’implication de tous !

Pour se rendre compte, en image : 


Source : tinaassos.com/ Par Le groupe Santé de T.I.N.A. / 27/03/2015


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