Femme d’initiative – Achenyo Idachaba : la dompteuse de la jacinthe d’eau

Pour fabriquer ses sacs à main, sandales, fauteuils…, Achenyo Idachaba, née et éduquée aux États-Unis, utilise astucieusement une algue invasive.

Achenyo Idachaba a fondé MitiMeth au Nigéria, une entreprise qui fabrique des produits à partir d'algues invasives.

Lorsqu’elle décide de quitter un travail plein d’avenir aux États-Unis pour partir s’installer au Nigeria, ses parents ont d’abord pensé qu’elle avait perdu l’esprit. Chercheuse en informatique et analyste d’affaires, Achenyo Idachaba a pourtant les pieds bien sur terre : elle est déterminée à participer au développement de la République fédérale. « Née et diplômée aux États-Unis, j’ai passé une partie de mon enfance au Nigeria. Mes parents, qui y sont nés, ont toujours cru dans ce pays et pensé qu’il pourrait devenir meilleur grâce aux efforts de chacun. » Un état d’esprit qu’Achenyo Idachaba a fait sien. Et son engagement est désormais salué sur le plan international, puisqu’elle a récemment gagné le Cartier Women’s Initiative Awards pour la région Afrique subsaharienne. Seul regret, son père récemment décédé, qui n’aura pas pu assister à cette reconnaissance.

Des États-Unis au Nigeria

En 2009, elle quitte l’Amérique pour la ville Ibadan, dans le sud-ouest du Nigeria. Son ambition, l’économie sociale. Deux ans plus tard naît MitiMeth. L’entreprise fabrique des accessoires variés, paniers, sets de table, sacs à main, sandales, fauteuils ou abat-jour. La particularité ? Ces produits sont conçus à partir d’une algue invasive, la jacinthe d’eau. Un véritable fléau depuis trois décennies, qui affectent les riverains tant du point de vue de la santé que des revenus, les transports et la pêche étant limités. MitiMeth forme ces communautés qui récoltent les algues puis les tissent afin de les transformer en corde. Conçus dans les ateliers de l’entreprise, ces produits de qualité sont vendus dans des boutiques à Lagos ou en ligne.

Une idée innovante, puisqu’Achenyo a su saisir une opportunité de revenu dans un problème écologique. « Certains pensent que nous ne faisons que tisser des paniers. Mais ce que nous faisons va bien au-delà. Nous prenons soin de l’environnement tout en permettant aux communautés de trouver un moyen de subsistance alternatif. » Si le problème des algues invasives est nigérian, il est aussi continental. Achenyo Idachaba nourrit des ambitions panafricaines. « Des pays tels que le Soudan, le Ghana ou la Sierra Leone ont déjà manifesté de l’intérêt pour que le modèle soit répliqué chez eux. »

Sur le terrain, les difficultés

Si l’entreprise est aujourd’hui viable – c’est une des conditions pour recevoir le prix Cartier -, le chemin n’a pas été facile. « J’avais une carrière fantastique aux États-Unis. Au Nigeria, j’ai commencé de zéro. » Achenyo Idachaba avait quand même bien quelques atouts en poche. Diplômée d’un MBA (Master of Business Administration) obtenu à l’université de Cornell à New York, elle a entamé sa carrière dans l’industrie du pétrole et du gaz. « J’ai pu rencontrer des personnes originaires du monde entier, de cultures et d’environnements différents. »

Malgré sa formation, sur le terrain, les difficultés s’accumulent. « Le plus gros défi a été d’obtenir les informations nécessaires. » Achenyo Idachaba n’imaginait pas non plus devoir fournir elle-même son infrastructure de base. « Au Nigeria, les sources d’électricité sont un vrai problème. Il faut auto-produire son énergie pour avoir de l’électricité en permanence et maintenir sa productivité. Le challenge est énorme. » Et bien sûr, l’accès aux financements. « Les exigences de garantie étaient inatteignables. J’ai dû trouver un plan B, il était hors de question de laisser tomber. » Elle réunit finalement les fonds nécessaires en puisant dans ses deniers personnels et grâce au soutien de sa famille.

Sa force, avoir su s’entourer

Malgré son expérience, la plus grande difficulté pour cette expatriée consiste à s’intégrer. C’est en créant des connexions avec des réseaux d’entrepreneurs et des institutions locales qu’Achenyo Idachaba parvient à surmonter les obstacles et gagner en visibilité. Son conseil pour les jeunes qui rêvent, eux aussi, de réaliser de grands projets : « Il faut travailler dur, bien sûr, il n’y a pas de raccourci. Mais les réseaux sont aussi très importants, ils permettent de s’identifier à des mentors. » Motrice également, sa conviction que les personnes issues de la diaspora africaine ont un rôle déterminant à jouer dans l’avenir du continent. « Je ne suis pas sûre que si je n’avais pas eu une expérience hors d’Afrique, j’aurais réalisé autant. Ça n’a pas été facile de quitter mon environnement de travail, mais j’avais les bases pour intégrer le système et faire bouger les choses », conclut-elle.


Source : Le Point Afrique  / Par Laurène Rimondi / 19/11/2014


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